Surmortalité des essences forestières

Description générale

Des cartes de surmortalité climatique ont été élaborées sur la France entière pour 26 essences parmi les plus communes et répondant à ces facteurs, à la résolution spatiale du kilomètre. Elles représentent la probabilité moyenne qu’un arbre soit mort au cours des 5 dernières années sur une placette de type inventaire forestier de l’IGN, du fait du climat ou du changement de climat survenu depuis les années 1960. Ces cartes n’intègrent pas directement les évènements extrêmes (sécheresses et canicules par exemple), les attaques biotiques, et excluent les accidents de type tempête, avalanche, incendie, etc.

Nous avons évalué pour chacune des essences étudiées la part de surmortalité des arbres qui pouvait être imputée au climat ou à ses variations récentes. Pour cela, nous avons modélisé le statut vivant/mort de 372 974 arbres incluant 7 312 arbres morts de 43 essences (période 2009-2015) en fonction de paramètres liés à l’arbre et au peuplement (statut social de l’arbre, circonférence, densité, caractéristiques du peuplement, etc.), de l’intensité de gestion, et des caractéristiques stationnelles. Une fois ces paramètres pris en compte, nous avons déterminé si les conditions climatiques ou les évolutions récentes du climat pouvaient augmenter la probabilité d’un arbre de mourir. Les paramètres climatiques étudiés concernent les températures, les pluies ainsi que leurs évolutions entre 1961-1987 et la période contemporaine. Les résultats obtenus montrent une réponse positive à au moins un de ces paramètres pour 26 essences, avec une augmentation de la mortalité liée à l’augmentation des températures estivales ou la diminution des pluies estivales, et marginalement une diminution de la mortalité avec l’augmentation des températures hivernales ou l’augmentation de la pluviométrie. Des cartes à la résolution spatiale du kilomètre ont été élaborées pour chacune de ces 26 essences, représentant la probabilité que l’arbre considéré soit mort au cours des 5 dernières années du fait du climat ou du changement de climat (en %). Les valeurs positives indiquent une augmentation de la probabilité de mortalité. Les cartes ont été obtenues par krigeage des valeurs calculées sur les placettes de l’inventaire forestier à partir de modèles de mortalité réalisés à l’échelle de l’arbre qui ont été moyennés à l’échelle de la placette. Les valeurs ne sont présentes que dans les zones ou la probabilité de présence de l’espèce excède 10 % (valeur interpolée à partir des présences-absences de l’espèce présentes dans la base de l’inventaire forestier).

Principales limites d’utilisation

Les cartes réalisées représentent les variations spatiales de la surmortalité liée au climat ou au changement de climat, perçues à travers les variables de température et de précipitations. Elles représentent une vulnérabilité identifiée au moment de l’étude pour un peuplement moyen. La vulnérabilité peut varier significativement en fonction du peuplement en place, du statut de l’arbre, et du type de sol (Taccoen et al., 2019). Elle est difficile à extrapoler dans le temps du fait des variations à court terme des séquences climatiques. Ces cartes ne prennent pas en compte les mortalités liées au vent, aux avalanches, aux incendies, ou à tout autre évènement extrême qui peut être en lien avec le changement de climat. Du fait qu’un arbre mourant ou mort soit préférentiellement coupé, la part d’arbres morts est probablement largement sous-estimée dans la base de l’inventaire forestier national. Même si cet effet a été en partie pris en compte dans les modèles, les probabilités de surmortalité sont probablement sous estimées, et si les variations spatiales ont du sens, les valeurs indiquées doivent être considérées avec précaution. D’autre part, les effets des sécheresses exceptionnelles et des pathogènes ne sont pas explicitement pris en compte, même s’ils le sont indirectement à travers certaines données climatiques utilisées. La mortalité étant un phénomène multifactoriel complexe, principalement induit par des critères de compétition. D’autres facteurs explicatifs ont pu ne pas être pris en compte dans les modèles. Enfin, du fait du nombre de postes météorologiques utilisés pour caractériser le climat ou le changement de climat (entre 200 et 1000 selon le paramètre), directement à la source des cartes de surmortalité, il n’est pas conseillé d’utiliser les cartes produites à une échelle infra régionale.

Les références bibliographiques

Taccoen, A., Piedallu, C., Seynave, I., Perez, V., Gégout-Petit, A., Nageleisen, L.-M., Bontemps, J.-D., Gégout, J.-C., 2019. Background mortality drivers of European tree
species: climate change matters.
Proc Biol Sci, 286 (1900)

Taccoen, A., Piedallu, C., Seynave, I., Gégout-Petit, A., Nageleisen, L.-M., Breda, N., Gégout, J.-C., 2021. Climate change impact on tree mortality differs with tree social status. Forest Ecology and Management, (489)

Taccoen, A., Piedallu, C., Seynave, I., Gégout-Petit, A., Gégout, J.-C., 2022. Climate change-induced background tree mortality is exacerbated towards the warm limits of the species ranges. Annals of Forest Science, 79 (1), pp.23